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Civilisation d’encyclopédistes surnuméraires, courant
derrière les définitions indispensables sans toujours
être satisfaisantes. Écrire une autre fois que rien ne vaut
l’écoute et retourner à l’interprétation d’Hildegard
Kleeb. Avec le temps, For Bunita Marcus a refusé
les accommodements personnels trouvés jusque-là :
impossible, soudain, de la passer encore en compagnie
d’invités, trop chargée maintenant de souvenirs et ayant
révélé ses limites lorsqu’il arriva à l’un de ses nombreux
silences de venir conforter l’angoisse inévitable d’un
blanc dans la conversation. La clef, dans Silence,
justement, ouvrage dans lequel John Cage avance :
« Tous les quelque chose au monde se mettent à sentir
leur unité quand il se passe quelque chose qui ne leur
rappelle rien. » Inventer alors une autre pratique de For
Bunita Marcus, solitaire, encore, mais vagabonde, cette
fois. Après tout, Feldman laisse bien à l’interprète un
peu de liberté – certes, bien moins sur cette pièce-là que
sur ses premières oeuvres, soumises plus férocement à
un concept d’indéterminisme qu’il servit auprès de Cage
et de Wolff –, pourquoi l’auditeur ne pourrait-il pas
ajouter ses manières de faire à celles déjà en place des
deux premiers acteurs ? Laisser le temps tranquille, et se
charger de l’espace : alors, je décide un jour d’imposer
aux soixante et onze minutes d’autres environnements.
D’aller voir ailleurs en compagnie de For Bunita Marcus
– disque emmené parmi d’autres, prêt à souffrir tous
les transports – et de tenter d’autres combinaisons. De
l’inédit, voilà pour elle. Préférer maintenant la surprise
au difficile exercice de mémoire.

page 22 | guillaume belhomme

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